06/04/2010

Pudeur des maux

De la pudeur des mots, des maux...

J'ai appris dès mes premières années de vie

à ne pas 'dire', à ne pas 'parler', à ne pas raconter,

muselée , dominée, coincée, culpabilisée

chuuuuuuuuuut, ne pas dire...parce que seule

je ne pouvais survivre  et cela je le savais bien,

pas de lieu où aller, pas de lieu où pleurer,

j'ai appris à observer le silence, pas toujours,

j'ai appris qu'on se protège par l'absence de mots,

ne pas dévoiler sa faiblesse, sa rage, sa tendresse

ne rien dévoiler pour rester libre, au moins en pensées

le moindre mot égaré, trop vite dit ou crié devenait

une arme contre ma dignité, mon intégrité, ma liberté

chuuuuuuuuuuuuut, ne pas montrer, ne pas leur dire que...

pas d'allié dans le foyer, personne, seule à me barricader

derrière de multiples portes, des regards vides,

une froide et feinte indifférence absolue, taisant les germes

de ma future révolte, bien tenu fut mon secret

j'ai quitté cette demeure de cris, de violence et de silence

de honte, d'humiliation, et d'affection réelle mais névrotique

j'ai lutté, j'ai réussi à sauver ma dignité, ma liberté

au prix du silence, au prix de ne jamais leur dire que

je les aimais quand même, que j'avais peur chaque matin

de trouver l'un d'eux morts, froids, inanimés

je ne leur ai jamais dit que j'aurais pu aimer ma mère

chuuuuuuuuuuut, je n'ai jamais dit...pudeur des maux

20:59 Écrit par Tuala dans POESIE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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