07/06/2016

Il était une fois...conte à rebours (2)

partie 2

Donc, oui, Philippe...il doit son véritable statut à Maléfique qui a, tout spécialement pour lui, conçu un dispositif pédagogique débutant par une situation problème qui, stimulant l’apprenti héros par une récompense motivante (délivrer Aurore de son coma artificiel), va élargir ses connaissances et compétences.

 Ainsi, il pourra se révéler à lui-même: devenir un homme adulte qui sait ce qu’il veut, assez brave pour affronter des épreuves, responsable, citoyen ( il doit écarter le Mal) , et capable d’exprimer ses sentiments et émotions. Sauf, que sans verser dans un soupçon de médisance, il a tout de même bénéficié de certaines aides des trois petites fées. Morale : avec des allié(e)s, on a plus de chance de faire aboutir un projet difficile (surtout si l’on n’est pas très doué) ou encore ‘ On peut admettre un certain degré d’intelligence dans le fait de savoir bien s’entourer’.

Mais bien sûr, il affronta la forêt de ronces et les flammes agressives du Dragon afin d’atteindre le château de la Belle. Toutefois, s’il n’avait pas été délivré du donjon par les gentilles fées et leur magie, il n’aurait pas pu livrer ce combat car il aurait dû attendre 100 ans pour aller rejoindre sa promise, une paille insignifiante pour un amour sincère dixit Maléfique.

 Heureusement pour nous les lectrices (les garçons lisaient-ils ce conte???), nous ne dûmes pas attendre un siècle pour nous gaver l’esprit de cette scène que nous attendions toutes avec impatience : le baiser. Le fameux baiser, parlons-en.

 Philippe donc, se penche et dépose ses lèvres sur les pétales roses de sa Blonde et là voilà revenue à la vie : un baiser léger bien entendu, nous ne sommes pas dans un langue à langue torride, mais suffisamment efficace pour faire ouvrir les yeux de la Demoiselle qui sourit, visiblement ravie. L’affaire est dans le sac. Vu comme ça, cela a l’air d’une facilité déconcertante pour un garçon d’allumer et emballer un cœur. Nous aurait-on caché des scènes intermédiaires?

 Absolument pas ! Il faut relire l’énoncé de Maléfique : ‘Un baiser d’amour sincère seul pourra réveiller Aurore’; un baiser, un seul, un et un seul d’amour (ah oui, l’amour a des propriétés magiques) sincère. Y a-t-il des amours qui ne sont pas sincères? Non, donc c’est un élément qui est juste présent dans l’énoncé pour vérifier si l’apprenant peut distinguer des objets non pertinents.  

 Nous en concluons que si par hasard, le cœur de Philippe ne fût pas animé d’amour et qu’il ne voyait en Aurore qu’une très appétissante petite pâtisserie à déguster, le baiser n’aurait pas opéré sa magie. Par conséquent, elle serait restée ‘de marbre’ et le Prince n’avait plus qu’à se trouver une autre princesse plus ‘accessible’, éveillée de préférence.

Alors, je dis encore ‘chapeau’ à Maléfice parce que la condition qu’elle avait posée garantissait à la Belle Barbie blonde l’amour attendu et pas seulement quelques joyeuses parties de jambes en l’air sans lendemain. Du muscle et de la bravoure certes, mais l’ensemble connecté à un cœur et à des sentiments.

Ne serions-nous pas ici en présence de l’idéal masculin? Le mariage qui conclut ce conte apparaît comme la juste résolution de la situation problème du départ avec enfin la consommation totale des corps et cœurs confondus. De plus, il s’agit d’une union d’amour qui, par le plus heureux des hasards, rencontre les aspirations politiques des pères des mariés.

 Tout est juste parfait. Personne ne s’est encore risqué à rédiger une suite genre : ‘ Aurore et Philippe, dix ans plus tard...’ Néanmoins, une très très belle et plausible histoire nous fut offerte sur l’histoire personnelle de Maléfique avant qu’elle ne devienne la Méchante Fée, un régal qui lui rend enfin justice.

09:51 Écrit par Tuala dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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