07/06/2016

Il était une fois...conte à rebours (3)

partie 3

Avouez! Vous y avez cru? Un petit peu du moins, non? Moi bien.

 Je veux dire : l’amour au premier regard, le Prince qui se bat pour mériter sa Belle, le premier baiser magique qui vous retourne l’esprit et vous fait monter le feu aux joues (au minimum), le mariage parfait qui a dû inspirer encore récemment Kate et William..., non? Mais attention, je parle des filles, enfin pour l’instant. Bien sûr que vous y avez cru les filles! La preuve: des milliers de psychiatres accompagnent la moitié de leur patientèle dans leur désintoxication du mythe du Prince Charmant, les biscuits Lu n’utiliseraient pas ce fantasme et des millions de petits costumes de déguisements de princesse pour fillettes pourraient être envoyés en recyclage dans des chiffonnières.

 Alors, n’en déplaise aux féministes de tout poil, je soutiens qu’il faut maintenir le mythe mais avec quelques amendements. D’abord, à la relecture de ce conte, si l’on veut bien l’admettre, ce sont des femmes qui tirent les ficelles et font avancer l’histoire. De plus, il ne s’agit pas de n’importe quelles figures fadasses, molles, sans caractère: des fées !

 Même Aurore, c’est une rebelle : elle fait la sotte et chante à tue-tête dans les bois alors qu’elle est supposée rester discrète, elle parle à un inconnu et se laisse draguer et quand on lui interdit de toucher au rouet, elle fait exactement le contraire ( oui, vous me direz qu’elle a été conduite à cet acte par sorcellerie...aujourd’hui, on dirait qu’elle avait fumé des joints, ce qui explique son regard halluciné). Ensuite, elle s’endort et n’en fait plus une, elle se contente de laisser venir pendant que les fées vont s’activer pour réparer ses frasques. Bref, une adolescente dans toute sa splendeur. Ensuite, le coup de foudre dans les bois et bien oui, ça existe et c’est magnifique! (enfin lorsque c’est réciproque sinon bonjour la frustration).

 Puis, le Prince vaillant, bouclier et épée à la main pour vaincre les obstacles qui lui barrent l’accès à son amoureuse constituent une superbe opportunité de se valoriser, de se démarquer par rapport à la concurrence. ‘Un victoire sans combat n’a point de saveur’. Je n’ai pas dit que le candidat Prince doit aller combattre physiquement un champion de boxe thaïlandaise ou nécessairement participer à Koh lanta, le combat peut être de nature psychologique. Le fondement n’est-il pas de vaincre ses propres peurs et celles, éventuelles, de la dame que le Chevalier désire?

 Quant aux armes, elles sont variées: l’humour, l’intelligence, l’observation, la ténacité, la patience..etc. Pour continuer, il y a l’affrontement de ses propres dragons ou devrais-je dire ‘démons’? Chasse de dragons bien ordonnée commence par celle des siens. Ce n’est pas tout d’avoir réussi à traverser la zone obscure de la forêt de ronces (représentant à mon avis son cerveau rempli de doutes et de souvenirs inavouables), Le Prince Philippe est bien obligé de vaincre sa faiblesse et de ne pas se laisser consumer par les flammes du dragon car il en va d’abord de sa vie. Il risque sa vie ( et il n’en dispose pas de plusieurs comme dans les jeux sur plateforme) pour délivrer Aurore du sortilège et enfin vivre l’amour qu’il ressent. Un pari fou, un pari sur l’amour, un pari qui apparaît comme dangereux.

 C’est cela qui rend le Prince ou Chevalier ‘sexy’ aux yeux de la Belle : il ose faire ce pari pour elle, avec elle. C’est un homme qui ne doute pas. Nous arrivons enfin au ‘baiser magique de réveil’.

 Qui a inventé cette condition? Maléfique. Une femme qui impose cette contrainte ne peut être qu’une femme qui a cru jadis elle-même à l’amour auquel désormais il lui semble indispensable d’ajouter l’adjectif ‘sincère’. De toute évidence, elle ne s’en est jamais remise et c’est pour cette raison qu’elle ne veut pas que cela arrive à Aurore, cette gamine dont en principe elle aurait dû être une marraine fée également.

Un cœur de femme se mérite car c’est dans l’épreuve, la difficulté qu’on peut probablement le mieux tester la solidité d’un sentiment. Maléfique ne lésine pas sur les moyens pour mettre celui de Philippe en examen. Ensuite, il faut une preuve irréfutable que le Prince ‘aime’ Aurore, assez pour la protéger si nécessaire, ne pas l’abandonner, ni la trahir. Alors, tout repose sur le ‘baiser’ de bouche à bouche et pas de discours car les paroles peuvent tromper aussi : ultime test de la sincérité supposée de Philippe. Un peu léger à mon humble avis.

Ici, j’émettrais quelques réserves quant au lien entre un baiser (même un French kiss allongé) et ce que le cœur ressent (mis à part une accélération brutale qui peut tout aussi bien indiquer une montée de désir sexuel).

 Présumer d’une profondeur de sentiments sur base d’un toucher physique aussi délicieux qu’il soit, relève d’un néo-romantisme névrotique ou d’une naïveté affligeante. Il faut reconnaître que démêler le désir d’ordre purement sexuel de celui de l’expression de sentiments est aussi aisé que de déterminer tous les épices impliqués dans une sauce curry.

C’est pourquoi, Maléfique ma chérie, j’ose dire que tu t’es fameusement plantée dans la dernière partie de ta batterie de tests.

09:49 Écrit par Tuala dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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