07/06/2016

Le Territoire mystérieux de l'amour (4)

partie 4

Venons-en à présent à l’amour passion ...
 
Après la première étape de la rencontre marquée par le sentiment d’être attiré(e), qu’il fut coup de foudre sidérant ou brise légère caressante, si l’on n’a pas pris ses jambes à son cou bien entendu, la phase de l’attachement peut démarrer.
 
Ici encore, l’on nous parlera d’hormones, de réactions chimiques en cascade...ou pire de comportement addictif. Pour autant, faut-il le préciser, qu’il y ait des contacts physiques (agréables) entre les deux parties car, nous dit-t-on, cela passe par la peau...( ‘Je t’ai dans la peau’). Sur le même principe d’ailleurs, on préconise le ‘peau à peau’ entre une mère et son enfant immédiatement après la naissance, histoire de s’assurer que la dite mère ne va pas se laisser tenter à abandonner son bébé (Tiens au fait, et l’instinct maternel alors ??? ça existe ou pas finalement?)...
 
Donc, des séances de ‘peau à peau’ régulières vont participer à nouer des liens entre les deux candidats à l’amour. Si le contact pelliculaire suffisait à construire un lien fort et durable, ça se verrait aux statistiques de séparations et divorces, vous serez d’accord avec moi. Les premiers rapports plus intimes sont, dans certains cas, susceptibles de générer un plaisir et un bien-être très ‘haut de gamme’, une intensité, une complicité inconnues auparavant...de quoi en redemander et en redemander encore : une compatibilité sexuelle ‘magique’ qui rend gourmand(e).
 
Attention, les psychologues vont diront que si vous en êtes arrivés là, vous êtes atteints d’une maladie : la passion. Selon eux, la passion est la manifestation d’un désir/besoin avant tout sexuel, virant à l’obsession dont l’autre devient l’objet, la machine à produire et reproduire du plaisir intense. L’autre perd son statut de personne et peut à son tour d’ailleurs faire de même avec son/sa partenaire ou souffrir en silence de sa réduction à l’état d’objet de plaisir. En d’autres termes, dans un amour passionnel, le seul lien est celui du sexe et les personnalités sont ignorées.
 
De plus, tout comme une ‘chocolate craving time’, il ne s’agirait que d’une période de besoin impérieux qui s’éteindrait relativement rapidement, sans doute comme vous pourriez vous sentir gavé si chaque jour vous aviez droit au même dessert que vous adorez. Toujours selon les spécialistes en comportement, ce qui gêne est que la passion relève d’une sorte de faim, de manque chez l’individu qui ne peut trouver d’autres tentatives de le combler qu’en se ‘remplissant’ de l’autre ( et logiquement, en le vidant de sa substance ... bonsoir les Vampires). Vu ainsi, je frissonne un peu, j’admets. Le piège de la passion donc... à éviter car il épuise et détruit (mais qui remplit le portefeuille des psys qui accueillent des milliers d’Icare de l’amour passionnel).
 
C’est clair par contre, qu’on est en droit de se demander s’il s’agit bien d’amour lorsque le lien ne repose que sur la consommation du plaisir physique.
 
Néanmoins, nous savons que la passion dans d’autres domaines ne souffre pas d’un contrat à durée brève et déterminée. Un amateur passionné d’œnologie, un musicien, un peintre artistique et tous les gens de métiers à vocation passionnés par leur activité professionnelle ne lâchent pas si facilement l’objet de leur passion...toute leur vie, ils cherchent, explorent, réinventent, composent...
 
La différence alors avec la relation amoureuse passionnelle? On fait peut-être plus vite le tour d’un corps et de ses réactions que celui d’un domaine riche et vaste d’un art, d’un artisanat ou d’un domaine vocatif? A moins qu’un corps pleinement habité par une âme riche et dense n’invite à un voyage au long cours et serait capable entre les étreintes torrides de faire découvrir des strates intéressantes de sa personnalité?
 
Tout dépend du ‘mangeur’ ou de la ‘mangeuse’ que l’on a invité (e) à sa table. Si vous êtes ‘tombé(e)’ (et oui on ‘tombe’ aussi sur des personnes) sur un ou une goinfre sans curiosité gastronomique gustative et intellectuelle, laissez tomber ou profitez de l’espace passion ( au sens le plus basique et plat) pour satisfaire votre ‘chocolate craving’ mutuel, n’y mettez aucune intention, aucune émotion, privilégiez l’orgasme et préparez le sac pour le jour du passage des poubelles sans aucun état d’âme. Vous n’êtes pas fait(e) de ce bois-là? Pas de malaise mais fuyez alors très vite ce genre de relation sauf si vous êtes masochiste et que vous prévoyez un budget spécial psy pour le jour de la casse.
 
Si vous êtes dans un état passionnel avec un autre être tout aussi addict que vous aux plaisirs physiques partagés et intenses, l ’amour peut néanmoins germer (oui, Messieurs et Mesdames les Psys, les mauvaises herbes ça peut pousser n’importe où, sauf peut-être dans les zones désertiques très arides).
 
Il convient d’avoir tout de même à la base un bon terreau et des graines grasses gorgées de soleil, joufflues de vitalité. Après, la pluie, le vent, les saisons, l’ensoleillement conjugués au patrimoine intrinsèque des graines feront le reste ou...pas. Cela, je soutiens, n’a rien à voir avec la passion (non débile et stérile) de départ.
 
C’est comme au jardin, vous plantez une centaine de graines, certaines prendront, d’autres pas malgré toute l’attention et ‘l’amour’ que vous y aurez injectés. Le jardinier sera comblé de découvrir ce qui est sorti de terre mais ne va pas aller s’épandre de chagrin chez un(e) psy pour les graines qui n’ont rien donné. Il en replantera de nouvelles à la saison suivante. Il s’en remet à la nature même s’il peut être tenté de l’insulter occasionnellement. Il ne lâche en tout cas pas le morceau, comme on dit.
 
Humble, observateur, réaliste, passionné et persévérant: de belles et utiles qualités pour un jardinier comme pour un(e) candidat(e) à l’amour.

09:16 Écrit par Tuala dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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