07/06/2016

le Territoire mystérieux de l'amour (5)

partie 5

J’aimerais revenir sur un point précédent, à savoir l’appellation d’amour passionnel ou d’amour progressif (comme je le nomme moi-même) car ce qui me gêne ici est l’utilisation immédiate du mot ‘amour’, accolé à son adjectif.
 
Selon moi, lorsque deux personnes se rencontrent et éprouvent cette étrange attraction mutuelle, ils ne sont pas encore pour autant dans une situation ‘amour’. Pour ‘aimer’ une personne, il est nécessaire d’au moins la connaître. Exception faite peut-être de l’enfant à naître (du moins, s’il a été souhaité). Il en va de même dans d’autres domaines: comment pourrions-nous affirmer que nous aimons des tableaux de Van Gogh sans jamais en avoir vus plusieurs en vrai, dans un musée?
 
Donc, il faut engager le processus qui mène à la connaissance de l’autre. Ceci suppose une variété de situations qui permet d’appréhender la personne sous ses différentes facettes. La variété...important ça, la variété, comme pour les légumes et les fruits.
 
Il est intéressant aussi d’observer comment une personne réagit face à des problèmes de différentes natures, des épreuves, sa vision sur les choses de la vie, ce qu’elle apprécie ou pas, comment elle exprime sa joie, son enthousiasme, ses doutes, ses peurs, ses croyances, …etc. Tout ceci si bien entendu les conditions préalables suivantes sont remplies : l’envie de connaître l’autre, l’envie de se faire connaître tel que l’on est de manière authentique (ce qui suppose déjà un degré de confiance certain), de partager des expériences, d’avoir une bonne capacité d’écoute à l’autre, de ne pas porter des verres roses déformant et travestissant les faits. “Les faits, rien que les faits, Dr Watson.”
 
Si l’on revient à’ l’amour passion’ de type consumériste et vampirisant, on peut aisément comprendre l’inexistence de ces étapes puisque le seul intérêt réside dans celui de connaître le physique de l’autre et sa capacité à nourrir la ‘machine à plaisir sexuel’. Par contre, une passion de belle robe peut se développer de façon noble comme un sain pied de vigne qui suscitera la passion de vigneron au fur et à mesure qu’il comprend bien la manière dont son plant chéri vit, croît et offre de beaux fruits. C’est donc à partir de cette meilleure connaissance de l’autre que l’amour peut naître, germer et se solidifier dans le temps.
 
En d’autres termes, on se met à aimer la façon dont l’autre vit dans sa face intérieure et extérieure, on aime le (la) voir mettre en œuvre et développer ses qualités, voire ses talents, la qualité de sa relation aux autres êtres vivants. Il me semble pas possible ‘d’aimer’ sans fondement, sans motif. Cette parenthèse faite, nous pouvons passer à l’amour ‘progressif’ qui serait opposé à l’amour ‘passion’ succédant souvent (mais pas forcément) au fameux coup de foudre.
 
L’amour progressif serait un attachement à paliers au fur et mesure que l’on connaît mieux la personne qui nous attire pour aboutir à la prise de conscience qu’on l’aime. Un parcours raisonné, plus axé sur la justification : ‘Ai-je raison de m’attacher à cette personne ?’. L’intéressé(e) va partir) à la chasse aux indices susceptibles d’amener aux preuves.
 
Dans cette optique, nous saisissons la différence avec l’amour ‘passion’ : celui-ci part d’un désir, d’un élan de vouloir connaître l’autre tandis que le second part davantage d’un calcul ‘risques et gains’. Cet amour progressif, moins spontané, offre l’avantage peut-être de se tenir à distance d’émotions et de sentiments trop envahissants qui pourraient amener à une analyse biaisée.
 
Ce n’est qu’après la validation d’un bilan pleinement positif que l’intéressé (e) va s’autoriser à exprimer ses sentiments d’amour et laisser alors à celui-ci l’espace de s’amplifier et s’ancrer dans la durée. Sans doute, est-ce cette démarche plus mesurée, se fiant davantage au rationnel, qui lui donne (auprès des psys en tout cas) meilleure presse. L’édification à froid d’une pyramide qui défiera l’érosion du temps… un mythe ?
 
Si la recette était universelle et éprouvée, le chagrin d’amour n’aurait plus qu’à faire définitivement ses malles. De toute manière, la construction lente et raisonnée d’un amour ne dépend pas d’une décision semblable à l’achat d’une voiture. La naissance et la façon de croître d’un amour dépend bien davantage de la personnalité de chacun. Reste à savoir si les deux candidats à l’amour tiennent le même plan dans leurs mains: imaginez deux architectes qui décident de collaborer pour dessiner les plans d’un édifice religieux et que l’un visualise une chapelle de campagne contemporaine en blocs de béton et que l’autre voit déjà la flèche d’une splendide cathédrale dans la pure tradition gothique?

09:13 Écrit par Tuala dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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