07/06/2016

Le Territoire Mystérieux de l'Amour (6)

Partie 6

Alors, lancés cette fois pour de bon sur le sentier de l’amour passion ou progressif, comment faire durer le voyage?
Sang, sueur, volonté, endurance, tolérance ? Un programme digne de celui d’un centre de musculation. Je transpire déjà.
 
La désillusion, le désenchantement après la période ‘rose’, l’érosion, l’habitude, les tentations passagères, les coups de foudre ou autres phénomènes d’attraction totalement impromptus: autant d’ennemis, nous prévient-on que nous aurons à combattre avec la fleur au fusil, le cœur en besace, de très bonnes chaussures de randonnée et le sourire en prime qui signe une confiance inébranlable dans l’amour en dur qui dure et traverse tout. Encore un mythe? Oui mais non, ici, je comprendrais que vous arrêtiez incessamment la lecture! D’accord avec vous !
 
Cependant,nous admettrons qu’à partir du ‘Moment M’ de l’attraction, que nous avons une certaine tendance à parer des plus belles caractéristiques la personne qui retient soudain notre attention de manière privilégiée. Nous ne lui trouvons que des qualités qui dominent quelques défauts déjà remarqués mais repoussés dans la case ‘sans trop d’importance’ ou plus rationnellement celle de ‘à étudier plus tard’. D’autant que pour séduire, nous allons évidemment la plupart du temps mettre en vitrine nos meilleurs articles.
 
C’est qu’il s’agit de justifier d’une part l’état étrange dans lequel nous nous sentons et d’autre part, de démontrer à l’autre qu’il ou elle a raison de s’intéresser particulièrement à nous également pour que la séduction opère en miroir. Il n’est ici pas encore question d’amour mais d’un processus logique qui tend à donner des explications au bouleversement hormonal, comportemental et physique qui secoue soudain notre train-train quotidien. Par analogie avec le domaine de l’informatique : un évènement est signalé, il faut le traiter.
 
Cette période de traitement est généralement décrite comme progressant pendant une période assez euphorique traduisant un ‘sur-contentement’ du cerveau et une (re) valorisation importante de notre ego. En effet, ne devenons-nous pas subitement la Rose unique du Petit Prince ? Le beau sujet d’apprivoisement de celui-ci ? Nous devenons un être important pour quelqu’un qui est aussi important à nos yeux et qui nous fait nous sentir terriblement vivants? Comment résister à une caresse douce comme le miel sur nos éventuelles égratignures, à un baume cicatrisant sur nos peines, un exhausteur de goût de la vie, un colorant multicolore de tout ce qui nous entoure, un parfum d’aventure...une victoire à remporter...peut-être.
 
La durée de cet épisode stimulant, semblable à une sorte de ‘shoot’ doux à effet retard, peut varier, selon les ‘experts’ (sur base d’innombrables études de témoignages) de 6 à 18 mois. Rien d’étonnant dès lors qu’il y a encore une cinquantaine d’années (avant la pilule contraceptive généralisée pour les femmes), les familles précipitaient les tourtereaux dans le wagon fiançailles avec billet 6 mois plus tard pour le compartiment mariage. On souhaitait éviter ainsi une naissance ‘hors mariage’ et peut-être également un renom de signature de bail à long terme juste après le ‘réveil’, le retour à l’état ‘normal’ après l’euphorie exacerbant un romantisme propre à séquestrer l’esprit critique au fond du donjon de Maléfique.
 
La pilule a de nos jours balayé l’angoisse du bébé arrivé trop tôt mais n’a pas exterminé le virus de la période rose de l’enchantement, que du contraire puisqu’on peut désormais ajouter au plaisir des yeux et à celui de l’intérêt pour les qualités personnelles, celui de l’alchimie des corps ( le ‘peau à peau’ et plus... si affinité). On se met à ‘aimer’ et aimer de plus en plus, ou devrais-je dire en langage facebookien à ‘liker’ et ‘liker’ de plus en plus souvent? Car, soyons honnêtes, nous ne pourrions encore affirmer que la gourmandise de goûter à l’autre psychologiquement et physiquement, avec délectation certes, ne nous garantit en fait que la sensation de bien -être, de plaisir et de confort.
 
Le véritable déclenchement de l’amour ne s’effectuera qu’après le grand réveil: l’effet du shoot hormonal est dissipé, notre raison, notre sens de l’observation et notre esprit critique sont libérés. Nous allons pouvoir découvrir l’autre ( et nous faire découvrir ) de manière plus objective, principalement en ressortant le dossier des défauts du tiroir...
 
Les défauts ou perçus comme tels en tout cas, sont de plusieurs espèces : ceux qui sautent à présent aux yeux (quoi ? vous ne les aviez pas encore remarqués?), ceux qui étaient anesthésiés (réprimés pendant des mois pour ‘faire plaisir’ à l’autre), ceux que l’on ne peut débusquer que dans certaines situations et enfin, les passagers clandestins...
 
Tant qu’ils apparaissent en plein jour, on peut les trier en paquets de ‘supportables, pas trop gênants, voire charmants’, moyennement admissibles (mais on fera un effort ou l’on obligera l’autre à faire des efforts) et les totalement ‘insupportables, non négociables’. Quant aux clandestins, les agents de la future ‘trahison’, il ne nous reste qu’à invoquer les forces du Destin pour qu’ils ne deviennent jamais actifs parce que sont bien eux, ainsi que les ‘insupportables’, qui pourriront à souhait le voyage au long cours, nous faisant vomir tripes et boyaux sur ce qui devait être une belle et durable croisière amoureuse.
 
 

09:11 Écrit par Tuala dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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