07/06/2016

Le Territoire Mystérieux de l'Amour (fin)

Partie 7 - fin

L’être humain est un animal (dit ‘évolué’) curieux, conquérant.
Ces deux caractéristiques, parmi d’autres, lui ont permis d’assurer la continuité de notre espèce à ne point en douter. C’est dire si les notions de territoire et de pouvoir sont de poids non négligeable dans tout type de relation humaine.
 
Recherche et conquête de nouveaux territoires fertiles, domination et défense des nouveaux acquis restent une trilogie qui occupe une bonne partie de notre vie dans différents domaines. Celui de la relation amoureuse n’y échappe pas : conquérir un cœur, le faire sien (‘ma femme’, ‘mon mari’, ‘mon fiancé’, ‘veux-tu être mienne?’ ...) et l’engagement officieux ou officiel qui scelle la défense du territoire conquis en même temps qu’il signale la naissance d’une alliance ( avec une dose plus ou moins proportionnelle de soumission des deux parties aux règles du maintien et du bon ordre du territoire commun).
 
La curiosité de découvrir de nouveaux ‘territoires’, de nouvelles expériences, s’inscrit dans l’intelligence de notre espèce qui, par l’apprentissage, développe des savoirs et des connaissances mais aussi la créativité au service de la survie. Le degré de curiosité d’un individu est souvent mis en rapport direct d’ailleurs avec l’intelligence. Pour que cette curiosité soit nourrie et assouvie, la nouveauté présente une denrée incontournable qui doit pouvoir être d’autant plus abondante que l’individu est curieux de nature. Par translation vers le domaine de la relation amoureuse, nous pouvons anticiper que le facteur ‘inédit’ joue un rôle favorable dans la durée d’une relation amoureuse. Ce qui est d’ailleurs appuyé par les psychologues des couples bancals : il faut pouvoir sans cesse réinventer son couple, éviter à tout prix l’envahissement de l’ennui, surprendre l’autre au fil des jours...
 
Bref, écrire régulièrement une nouvelle page d’un bon polar avec nombre de rebondissements et de moments intenses de suspense insoutenables? Le problème est que nous ne sommes pas tous écrivains ou scénaristes talentueux. Alors, pour les moins doués, et tout spécialement pour les femmes pourvoyeuses principales de couverts et de lingerie, voici les autres ingrédients magistraux indispensables à la recette de la réussite du couple durable (principalement transmis par les femmes de génération en génération) : nourrir le ventre et le corps de ‘son homme’ et plus actuel celui-ci ‘rester hot’ (entendez par-là entretenez votre sex-appeal). Tout se répare sur l’oreiller (ou presque) et se pardonne devant une belle assiette généreuse. Si c’était si simple, que de larmes et peines n’éviterions-nous pas. Notre intelligence ne peut s’empêcher de se trouver un tantinet déconsidérée.
 
Une fois de plus, ce dont il est question n’est pas la durabilité de l’amour. Ce qui est mis en jeu est la force de l’attachement, du lien de dépendance à l’autre. L’objectif est le maintien de la relation (avec ou sans amour). Il est curieux de constater comme l’amour est amalgamé à la relation et même, est totalement absent de la préoccupation.
 
Pourtant, l’amour porté à notre enfant, à nos parents (pour autant qu’on n’ait pas eu affaire à des historiques trop dramatiques et chaotiques) n’a nul besoin d’être réinventé, stimulé pour durer. Notre amour est acquis jusqu’à la mort et même au-delà, sans conditions. Personnellement, c’est ce type d’amour-là qui m’interpelle et m’intéresse. Faire durer une relation sans ‘amour’, chacun peut y aller de sa recette finalement avec un taux plus ou moins acceptable de ‘réussite’.
 
Qu’est-ce qui fait la différence avec l’amour filial et parental? Le lien de sang? Le besoin primal pour garantir la survie puisque l’enfant ne peut vivre sans être nourri par les adultes qui en ont la responsabilité? Néanmoins, à l’âge adulte, nous n’avons plus besoin de cette garantie. Nous nous aimons, parents et enfants adultes, parce que nous nous aimons, voilà tout. Cela viendrait à l’idée de peu de personnes de tenter de justifier leur amour pour leurs parents et leurs enfants. La réponse, si je devais en formuler une, est que cet amour a grandi au travers de ‘l’apprivoisement mutuel’ entre enfants et parents et des fruits qu’il a générés, à l’instar du Renard et du Petit Prince. Ces fruits se cueillent et se laissent déguster toute une vie, peu importe qu’ils soient parfois moins sucrés, moins juteux certaines années. Nous touchons ici à l’amour sans conditions, sans taxes, sans amendes.
 
N’est-il pas merveilleux de voir grandir, se développer un être vivant, l’accompagner dans ses projets, le voir s’épanouir lorsqu’il déploie ses talents, exprime des qualités? N’est-il pas valorisant également que nous puissions être pour lui un soutien face à des épreuves? A notre tour, nous apprécions recevoir cet intérêt pour ce que nous sommes et ce que nous mettons en œuvre.
 
“Être heureux et partager cet état avec l’autre”, “offrir ce que nous sommes à l’autre”, dit Jean d’ Ormesson, cet enfant aux cheveux blancs qui admet dans son livre ‘ Je dirai malgré tout que cette vie fut belle’, que la vie l’a bien gâté et choyé.
 
L’amour ne se travaille pas à la sueur et au sang, il naît et puis grandit, vit sa vie entre deux êtres qui se sont attirés, furent suffisamment compatibles, authentiques dans leur façon d’être et qui ont ressenti l’élan de vouloir se connaître, s’apprivoiser. En conséquence à ce processus, l’attachement (mais pas de type calculé ou toxique) se développera, l’attention à l’autre s’affinera. Le sentiment de gratitude envers le Destin pour avoir organisé la première rencontre devrait nous habiter chaque matin.
 
Le corps et l’esprit de chaque être évoluent tout au long de sa vie, les aléas de celle-ci organiseront bien assez d’imprévus à surmonter pour mettre notre créativité et notre endurance à l’épreuve. Alors, il n’y a rien à ‘réinventer’. Ce qui importe est notre capacité à appréhender les évènements, les choses qui nous entourent et la personne que nous aimons avec le même regard qui ne se lasse jamais de la beauté de la Nature ou de savoir éprouver le même amusement, la même tendresse qui nous animent lorsque nous observons notre chat ou notre chien pendant des années dans ses mimiques, ses cabrioles, ses jeux, son sommeil, son abandon dans la chaleur de nos bras.
 
Rester humble vis-à-vis de ce mystère, savoir contrôler un égoïsme trop expressif, le non-jugement, sont, selon moi, les ceintures de sécurité pour le voyage à deux en ce Territoire mystérieux de l’amour.
 
 
 

09:09 Écrit par Tuala dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.